Minuit dans le siècle

Par Ugo Palheta

Tous les quinze jours, Ugo Palheta décortique le fascisme, non par fascination morbide pour les pires tendances de notre monde, mais pour regarder en face le danger, sans jamais séparer cette exploration de la lutte pour un autre monde. Dans "Minuit dans le siècle", on parle donc des origines du fascisme et de ses transformations, des rapports entre fascisme et police, entre fascisme et racisme ou entre fascisme et colonialisme, de la culture fasciste et des États fascistes, de la manière dont les fascistes investissent aujourd’hui le terrain de l’écologie. On explorera aussi des insurrections antifascistes du passé, des luttes qui sont menées ici et maintenant, des stratégies qui ont été et sont mises en œuvre par les mouvements antifascistes, des succès comme des échecs. "Minuit dans le siècle" est un podcast produit pour Spectre. Voir plus

Crédits musique
Générique : Kino Sousa.
« Grândola vila morena » de Zeca Afonso.
« Nothing’s more important than fighting fascism », discours de Fred Hampton.

L’image qui illustre ce podcat a été réalisée à partir d’une photographie intitulée « Firemen spraying burning building on 14th St., trolley in foreground », hébergée par la Library of Congress.

Spectre – Minuit dans le siècle
#9

Peste brune et greenwashing : vers l’écofascisme ? (partie 2)

Par Pierre Madelin ET Ugo Palheta

Dans ce nouvel épisode, on continue avec Pierre Madelin notre série sur l'écofascisme, et plus largement sur les rapports entre les extrêmes droites et l'écologie. Pour mieux combattre les écologies identitaires, qui ne se réduisent pas à une simple tactique électorale mais renvoient à une vieille préoccupation d'une certaine extrême droite, pour mieux montrer l'impasse dans laquelle ces écologies nous enferment, il faut comprendre la manière dont les néofascistes pensent l'environnement, s'approprient la question du climat, élaborent des arguments et popularisent des solutions (qui n'en sont pas). À rebours des logiques xénophobes et racistes qu'elles promeuvent, Pierre Madelin plaide pour une refondation internationaliste de l'écologie, montrant en particulier qu'il n'y a rien de contradictoire à défendre la solidarité avec les exilé·es et l'attention portée aux territoires. Voir plus

Sur cette question on pourra lire l’article de Pierre Madelin sur Terrestres : « La tentation éco-fasciste, migrations et écologie ».

On trouvera également sur Terrestres l’article de Lise Benoist (l’une des co-autrices du livre Fascisme fossile) : « Green is the new brown : poussée “écologique” à l’extrême droite ».

Sur le « carbo-fascisme » évoqué dans l’épisode : « Bolsonaro, Trump, Duterte… La montée d’un carbo-fascisme ? »

 

#8

Après le 6 février 1934 : naissance d’un front antifasciste et débats stratégiques

Par Laurent Lévy ET Ugo Palheta

Dans ce nouvel épisode, nous continuons à explorer avec Laurent Lévy les conséquences du 6 février 1934, mais sous l'angle de la réaction de la classe ouvrière et de la gauche à cette tentative de coup de force fasciste. Nous revenons notamment sur le formidable élan unitaire des travailleurs·ses en faveur de l'unité antifasciste, qui s'exprima notamment lors de la manifestation du 12 février 1934, à Paris mais aussi et surtout en province. Largement spontané, cet élan contraignit les dirigeants des organisations ouvrières - syndicales et politiques - à construire un front uni capable de faire reculer les ligues d'extrême droite. L'unité permit l'entrée dans une nouvelle séquence politique en donnant confiance à la classe ouvrière : les grèves avec occupation d'usines de mai-juin 36 et la victoire électorale du Front populaire au même moment en sont l'expression. La transformation du front des organisations ouvrières contre le fascisme en Front populaire, intégrant le Parti radical (un parti de notables, naviguant entre le centre-gauche et le centre-droit), donna par ailleurs lieu à des débats stratégiques importants, que nous évoquons également dans cet épisode. Voir plus

Laurent Lévy est l’auteur d’une préface au livre indispensable de Marc Bernard : « Faire front. Les journées ouvrières des 9 et 12 février 1934 » (éd. La Fabrique).

On pourra réécouter ici l’épisode précédent sur le 6 février 1934.

Pour aller plus loin :

#7

Le 6 février 1934, un coup de force fasciste ?

Par Laurent Lévy ET Ugo Palheta

Dans ce nouvel épisode, on revient avec Laurent Lévy sur un moment crucial de l'histoire politique française en général, et du fascisme français en particulier : la manifestation du 6 février 1934. Appelée en réaction au remplacement du préfet de police de Paris, Jean Chiappe, proche des ligues d'extrême droite, elle se transforma rapidement en coup de force visant à faire tomber la République. Événement crucial, puisque dans un contexte marqué par l'arrivée au pouvoir de Hitler l'année précédente, l'insurrection manquée aboutira malgré tout à faire tomber le gouvernement Daladier mais aussi à resserrer les rangs de la gauche et du mouvement ouvrier dans les jours suivant le 6 février. Cette logique de front uni antifasciste - sur laquelle on reviendra dans un 2nd épisode, disponible très prochainement - aboutira à la constitution du Front populaire et à sa victoire électorale deux ans plus tard en 1936. Événement complexe, parce qu'il met en action - et au contact - des organisations aux revendications et aux aspirations très diverses, profondément contradictoires dans certains cas. Laurent Lévy nous permet dans cet épisode d'y voir plus clair en décrivant de manière très vivante le contexte historique, les forces en présence, le déroulement de la manifestation ainsi que ses effets immédiats. Voir plus

Laurent Lévy est l’auteur d’une préface au livre indispensable de Marc Bernard : « Faire front. Les journées ouvrières des 9 et 12 février 1934 » (éd. La Fabrique).

Quelques autres références :

#6

L’OAS, le racisme colonial et l’extrême droite

Par Sylvie Thénault ET Ugo Palheta

Pour ce nouvel épisode, on va parler histoire et plus précisément histoire coloniale avec Sylvie Thénault, historienne spécialiste de la guerre d'indépendance algérienne. On revient avec elle sur l'OAS (Organisation Armée Secrète), et plus précisément sur la manière dont cette organisation terroriste généralement classée à l'extrême droite a pu prospérer dans la société coloniale algérienne. On y rencontre évidemment le racisme colonial, à la fois ségrégation à tous les niveaux de cette société et ensemble de catégorisations raciales qui hiérarchisent les groupes tout en justifiant la suprématie française sur le peuple algérien. On y discute enfin de la manière dont l'extrême droite continue d'instrumentaliser la mémoire de la guerre d'Algérie, de la difficulté persistante à faire reconnaître les crimes du colonialisme français, mais aussi des rapports entre colonialisme et fascisme. Voir plus

Pour aller plus loin :

Et aussi :

#5

Marine Le Pen, le RN, l’extrême droite : un ennemi mortel pour les femmes

Par Mathilde Larrère ET Ugo Palheta

L'extrême droite est aux portes du pouvoir en France et elle est représentée par une femme : Marine Le Pen. Est-ce que cela, ajouté au fait qu'elle prétend avoir rompu avec certaines des positions traditionnelles de l'extrême droite, change quoi que ce soit au fait que le FN (devenu RN) constitue un ennemi mortel pour les femmes, leurs droits, les mouvements féministes et la cause de l'égalité entre femmes et hommes ? Absolument pas, nous explique dans cet épisode l'historienne Mathilde Larrère. La droite et une bonne partie de la gauche ont longtemps partagé avec l'extrême droite les mêmes poncifs réactionnaires sur l'infériorité des femmes, la division naturelle des tâches, le refus du contrôle de leurs corps par les femmes elles-mêmes, etc. Mais depuis la conquête d'une série de droits importants par les mouvements féministes dans les années 1960 et 70, et depuis l'acceptation (ou la non-remise en cause) par la majorité de la droite de ces conquêtes, l'extrême droite est devenue le principal bastion dans le champ politique du masculinisme, le quartier général de l'antiféminisme. Même si évidemment le patriarcat structure l'ensemble de la société, suscite des violences dans toutes les couches sociales. Pour autant, l'extrême droite s'est perfectionné dans l'art de lutter contre les droits des femmes et l'égalité hommes/femmes. À l'antiféminisme et aux thèses réactionnaires de la "complémentarité" des sexes, elle a ajouté ces vingt dernières années le fémonationalisme : mettre la cause des femmes au service du racisme et du nationalisme blanc, en prétendant que les seuls ennemis des femmes seraient les migrant·es du Sud global, les musulman·es, les hommes des quartiers populaires et d'immigration. Une nouvelle contribution à la fabrication d'un Ennemi intérieur. C'est donc à déconstruire l'ensemble de ces discours que l'on travaille dans cet épisode, pour rappeler que l'extrême droite est encore aujourd'hui un ennemi mortel pour les femmes. Voir plus

Quelques références pour aller plus loin

#4

L’islamophobie : racisme institutionnel et locomotive du néofascisme

Par Marwan Mohammed ET Ugo Palheta

Dans ce nouvel épisode, on tente de mieux comprendre l'islamophobie avec le sociologue Marwan Mohammed, chargé de recherche au CNRS et auteur notamment d'un livre fondamental sur la question avec Abdellali Hajjat, intitulé : "Islamophobie. Comment les élites fabriquent le problème musulman" (La Découverte, 2013). À la fois discrimination systémique, racisme institutionnel et discours de stigmatisation, l'islamophobie est au coeur des tendances néofascistes de notre temps. D'où la nécessité, d'un point de vue antiraciste et antifasciste, de combattre l'islamophobie sous toutes ses formes, d'où qu'elle vienne, aux côtés des musulman·es. Voir plus

On revient donc avec Marwan Mohammed sur les origines, lointaines et contemporaines, de l’islamophobie, on s’intéresse à ses relations historiques avec l’antisémitisme, et on essaie de saisir la manière spécifique dont fonctionne les discours islamophobes, comment ils contribuent à construire l’islam et les musulman·es comme un « ennemi de l’intérieur », une menace mortelle pour la République et/ou la France, et à justifier non seulement des discriminations, mais aussi des mesures autoritaires et des violences.

Ce tour d’horizon fait apparaître que si l’extrême droite propage évidemment les formes les plus brutales d’islamophobie, elle n’a sans doute pas été – au cours des dernières décennies – l’actrice principale en la matière. Elle a surtout profité de la banalisation de ces discours dans le débat public, à droite évidemment mais aussi dans des pans entiers de la gauche.

Pour aller plus loin, voir le dossier de Contretemps consacré à l’islamophobie, mais aussi : 

H. Asal, « Débats politiques et débats scientifiques autour du concept d’islamophobie »Contretemps, août 2013.

T. Deltombe, L’islam imaginaire, Paris, La Découverte, 2007.

J. Galonnier, « Discrimination raciale ou discrimination religieuse »Homme et migrations, 2019, n°1324.

V. Geisser, La Nouvelle islamophobie, Paris, La Découverte, 2003.

O. Le Cour Grandmaison, « Ennemis mortels ». Représentations de l’islam et politiques « musulmanes » en France à l’époque coloniale, Paris, La Découverte, 2019.

Revue Sociologie, « Sociologie de l’islamophobie », 2014, n°1, vol. 5.

P. Tevanian, Dévoilements, Paris, Libertalia, 2012.

R. Zia-Ebrahimi, Antisémitisme et islamophobie. Une histoire croisée, Paris, Éditions Amsterdam, 2021.

#3

Peste brune et greenwashing : vers l’écofascisme ? (partie 1)

Par Paul Guillibert ET Ugo Palheta

C'est assez méconnu mais l'écologie est une vieille préoccupation des extrêmes droites, du nazisme à diverses variétés du néofascisme contemporain. Et aujourd'hui, en concurrence avec le greenwashing néolibéral d'un Macron, cherchant à "verdir" le capitalisme et voyant dans le marché la solution au changement climatique, on trouve un greenwashing néofasciste, qui prétend que le salut viendrait de la fermeture des frontières et qui repeint en vert la xénophobie. Dans ce nouvel épisode de "Minuit dans le siècle", qui marque le début d'une série sur l'écofascisme (et plus largement sur les rapports entre les extrêmes droites et l'écologie), on explore avec le philosophe Paul Guillibert la manière dont les fascistes pensent l'environnement, s'approprient la question du climat, élaborent des arguments et popularisent des solutions (qui n'en sont pas). On voit également avec lui comment l'écologie est le terrain d'une refondation intellectuelle et politique du racisme et de l'extrême droite. Et mieux, on discute de comment s'opposer aux politiques écofascistes et de quelle écologie nous avons besoin. Voir plus

Pour aller plus loin, voir l’article de Paul Guillibert paru dans le numéro de Mouvements consacré à l’antifascisme : « La racine et la communauté. Critique de l’écofascisme contemporain ». On pourra lire aussi sa recension du livre Fascisme fossile (du Zetkin Collective). Il est également l’auteur de Terre et capital. Pour un communisme du vivant, qui vient de paraître aux éditions Amsterdam.

Sur les rapports entre le Front national (devenu Rassemblement national) et l’écologie, voir cet article de Jean-Paul Gautier pour Contretemps.

#2

Fascisme : vieux démons et nouveaux monstres

Par Enzo Traverso ET Ugo Palheta

La montée du terrorisme d'extrême droite, l'assaut trumpiste contre le Capitole aux Etats-Unis, les appels à peine masqués de Bolsonaro à un coup d'État au Brésil, la radicalisation islamophobe de Modi en Inde, ou encore la progression électorale des extrêmes droites en France et plus largement en Europe, signifient-ils que le fascisme est de retour ? Fait-on face à un phénomène différent qui justifierait un cadre d'analyse radicalement autre ? Pour espérer répondre à cette question, la connaissance du fascisme historique est indispensable. L'historien Enzo Traverso nous aide dans cet épisode à nous orienter dans la profusion de travaux et de débats autour du fascisme, mais aussi de l'antifascisme. Voir plus

À travers un retour sur différents points de controverse concernant la définition même du fascisme, ses origines, sa dimension « révolutionnaire » ou encore ses rapports avec le communisme, Enzo Traverso nous permet de mieux appréhender ce qui fait la singularité du fascisme. Question cruciale car si celui-ci ne constituait qu’une politique parmi d’autres, il n’y aurait pas lieu de s’attarder. Or, le fascisme constitue le grand Autre de la politique d’émancipation, en tant que projet d’écrasement de toute capacité d’organisation et de résistance du côté des exploité·es et des opprimé·es. Enzo Traverso nous permet donc ici d’y voir plus clair, préalable nécessaire pour poser sur de meilleures bases le problème du renouveau nécessaire de l’antifascisme, dans ses rapports étroits avec l’émergence d’une alternative au capitalisme néolibéral.

Grand connaisseur de l’historiographie du fascisme, Enzo Traverso est aussi un fin observateur des transformations contemporaines de l’extrême droite. Il fallait au moins cela pour tenter de cerner un phénomène politique aussi discuté, insaisissable et protéiforme. D’autant que celui-ci n’est pas seulement un objet d’histoire mais le support de polémiques permanentes, depuis son émergence. Si la discussion politique se trouve en grande partie esquivée en France, notamment en raison de la fable persistante selon laquelle les valeurs républicaines auraient immunisé la société française contre la tentation fasciste, il suffit de constater l’intensité du débat aux États-Unis, au Brésil ou en Inde pour mesurer à quel point le fascisme fait pleinement partie de notre présent, ne serait-ce que sous la forme d’une question : celle de sa résurgence, évidemment sous des formes nouvelles.

Auteurs et livres évoqués pendant l’épisode

  • Hannah Arendt, Le Système totalitaire
  • Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme
  • Stéphane Courtois, Le Livre noir du communisme
  • François Furet, Le Passé d’une illusion
  • Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ?
  • George L. Mosse, La Révolution fasciste
  • Gérard Noiriel, Les Origines républicaines de Vichy
  • Ernst Nolte, La Guerre civile européenne
  • Robert Paxton, Le fascisme en action
  • Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche
  • Zeev Sternhell, La Droite révolutionnaire
  • Zeev Sternhell, L’Histoire refoulée
  • Enzo Traverso, La Violence nazie
  • Enzo Traverso, L’Histoire comme champ de bataille
  • Enzo Traverso, Les Nouveaux visages du fascisme
#1

Pourquoi un podcast antifasciste ?

Par Ugo Palheta

Dans cet épisode introductif de "Minuit dans le siècle", Ugo Palheta rappelle que nous avons besoin de mieux comprendre le fascisme, pour mieux combattre ses résurgences. Il revient sur le fascisme historique, celui de l'entre-deux-guerres, et sur la manière dont il a survécu, muté et appris à se dissimuler, afin de retrouver l'oreille de millions de personnes à travers le monde. Le fascisme est à nouveau une force politique, tendue vers un objectif : briser tous les projets et mouvements d'émancipation, renforcer toutes les hiérarchies et toutes les dominations, et consolider ainsi le capitalisme racial et patriarcal. À cette force il nous faut opposer, non pas des consciences vertueuses ou des institutions politiques moribondes, mais une puissance sociale, politique mais aussi culturelle : celle des exploité·es et des opprimé·es se soulevant pour l'égalité, la liberté et la justice. C'est pourquoi "Minuit dans le siècle" accordera une place importante aux révoltes antifascistes, aux stratégies pour affronter le fascisme, aux victoires comme aux défaites. Possibilité du fascisme, nécessité de l'antifascisme. Voir plus

Une référence générale très utile sur le fascisme : le livre de Robert Paxton Le Fascisme en action.

Et de Zeev Sternhell, cité dans cet épisode : Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France. 

Générique : Kino Sousa.