Contresons

Par Contretemps

Contresons, un podcast indiscipliné, orchestré par la revue Contretemps. Tous les quinze jours, une de nos équipes propose une analyse critique, sous un angle historique, philosophique, géographique ou sociologique, mais toujours politique ! Contresons, c'est un podcast pour celles et ceux qui veulent mieux comprendre le monde contemporain et inventer ensemble celui qu'il nous faut construire, d'urgence. Réparons les transistors de la transition, montons le son : Contretemps prend l'antenne, c'est Contresons ! Voir plus

L’image qui illustre ce podcast a été réalisée à partir d’une photographie partagée en Creative Commons par Clara Espinoza, prise le 25 octobre 2019 lors d’une manifestation sur la Plaza Italia de Santiago (Chili).

La musique du jingle est extraite de « Comme la lune » de Dopamoon.

Spectre – Contresons
#7

Luttes autochtones et recherches collaboratives - les Innus de Pessamit

Par Éric Kanapé, Adélard Benjamin, Justine Gagnon, Irène Hirt, Mari Oiry-Varacca, Muriel Froment-Meurice ET Gilles Martinet

Cet épisode de Contresons est consacré aux collaborations dans le cadre de recherches réalisées par des géographes et des acteur·ices de Peuples autochtones, en particulier les Innus au Québec, et aux enjeux de savoir et de pouvoir qui les traversent. Voir plus

Cet épisode présente les enjeux des luttes autochtones, particulièrement celles des Innus de Pessamit (Québec). La discussion menée avec Éric Kanapé, conseiller en environnement pour le Conseil des Innus de Pessamit au secteur territoire et ressources, Adélard Benjamin, coordonnateur de projets dans la même institution, Justine Gagnon et Irène Hirt, enseignantes-chercheuses dans les universités Laval (Québec, Canada) et de Genève (Suisse), rend d’abord compte des luttes des Innus pour leurs droits à la terre, au territoire et aux ressources, des années 1970 à aujourd’hui, et de leurs relations avec l’État canadien. Ces luttes sont replacées dans le contexte plus large des mobilisations autochtones dans le monde, spécifiquement en Amérique du Nord et du Sud. Il est également question des catégories « Autochtone » et « Premières Nations », en montrant dans quels contextes politiques, national et international, elles ont émergé, et leur articulation locale avec les dénominations que les peuples concernés se donnent eux-mêmes.

Est ensuite souligné le rôle clé joué par la cartographie dans ces luttes pour délimiter les territoires revendiqués, démontrer le lien culturel et historique des Peuples autochtones avec ces derniers, et répertorier les toponymes prouvant l’ancienneté de l’occupation territoriale. Le thème de la cartographie permet d’aborder, avec une approche critique, les collaborations menées par les Innus, et par d’autres Peuples autochtones en Amérique du Nord et du Sud (par exemple les Mapuches au Chili), avec des chercheur.ses – cartographes depuis les années 1970, et d’analyser les relations de pouvoir-savoir sous-jacentes à la recherche en contexte autochtone et à l’utilisation ambivalente du langage cartographique « moderne », en particulier celui imposé par les États.

Enfin, des recherches pensées d’emblée comme horizontales, réalisées conjointement par des chercheur.ses du conseil des Innus de Pessamit et de l’université Laval, sont présentées, notamment un projet de belvédère interprétatif situé au-dessus du barrage Manic-5, sur la rivière Manicouagan, permettant de reconstituer les paysages antérieurs à la construction du barrage hydroélectrique grâce à des images aériennes anciennes et des témoignages d’aîné.es de la communauté. L’objectif est ainsi de produire un savoir alternatif à celui véhiculé par la société Hydro-Québec qui ne reconnaît pas, jusque-là, l’occupation et les usages innus de la rivière, préexistants au barrage, et qui entretient l’imaginaire colonial d’une terra nullius. Sont également évoqués les freins politiques, les rapports de force entretenus avec l’État fédéral et le gouvernement provincial du Québec à propos du financement de ce projet et de la reconnaissance de la propriété des terres sur lesquelles il doit avoir lieu. La discussion se termine sur les degrés de collaboration dans la recherche et les conditions dans lesquelles celle-ci peut être au service des peuples autochtones, et d’une valorisation de leurs savoirs et de leurs luttes.

 

Pour des informations supplémentaires sur des points précis évoqués dans l’épisode :

 

Quelques références sur les recherches collaboratives menées à Pessamit :

  • Julie Cunningham, « Commémorer des lieux culturels inondés : la recherche comme levier d’action communautaire. Entrevue avec Justine Gagnon, doctorante en géographie à l’Université Laval et Adélard Benjamin, agent de projet du secteur Territoire et ressources, réalisée le 29 août 2018 », Nancy Gros-Louis, Karine Gentelet, et Suzy Basile (dir.), Boîte à outils des principes de la recherche en contexte autochtone : éthique, respect, équité, réciprocité, collaboration et culture, Québec : Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador, Centre de recherche en droit public, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, p. 395-399, 2021, https://files.cssspnql.com/index.php/s/fGuCd9fh79f4rsN
  • Justine Gagnon et Caroline Desbiens, « Mapping memories in a flooded landscape: A place reenactment project in Pessamit (Quebec) », Emotion, Space and Society, volume 27, 2018, https://isiarticles.com/bundles/Article/pre/pdf/155208.pdf

 

Quelques références pour approfondir sur les luttes autochtones et les recherches collaboratives en contexte autochtone plus généralement :

  • Caroline Desbiens, Irène Hirt et Pekuakamiulnuatsh Takuhikan Comité Patrimoine Ilnu, « ‘Il ne faut pas avoir peur de voir petit’: l’acclimatation engagée comme principe de recherche en contexte autochtone », Nancy Gros-Louis, Karine Gentelet, et Suzy Basile (dir.), Boîte à outils des principes de la recherche en contexte autochtone : éthique, respect, équité, réciprocité, collaboration et culture, Québec : Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador, Centre de recherche en droit public, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, p. 91-97, 2014, https://files.cssspnql.com/index.php/s/fGuCd9fh79f4rsN
  • Irène Hirt, « Enjeux de territoires, enjeux de savoirs. Jalons théoriques pour une interprétation transversale des reterritorialisations autochtones dans les Amériques », Tsantsa, volume 22, 2017, p. 112 – 122, https://tsantsa.ch/article/view/7356
  • Irène Hirt, « Mapping Dreams/Dreaming Maps: Bridging Indigenous and Western Geographical Knowledge », Cartographica: The International Journal for Geographic Information and Geovisualization, no 47 (2), p. 105 20, 2012, https://archive-ouverte.unige.ch/unige:27794
  • Irène Hirt et Béatrice Collignon, « Quand les peuples autochtones mobilisent l’espace pour réclamer justice/Claiming space to claim for justice: the Indigenous peoples‘ geographical agenda », Justice spatiale/Spatial justice, numéro 11, mars 2017, http://www.jssj.org/article/quand-les-peuples-autochtones-mobilisent-lespace-pour-reclamer-justice/
  • Irène Hirt et Caroline Desbiens, « Exister sur la mappemonde », Techniques & Culture, numéro 74, p. 216-217, 2020, mis en ligne intégralement le 2 janvier 2023, https://doi.org/10.4000/tc.14622
  • Linda Tuhiwai Smith, Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous People, London & New York: Zed Books, 1999.
#6

Quelle base sociale pour la gauche ? Mélenchon et l’enjeu du vote populaire

Par Daniel Veron, Samuel Pinaud ET Ugo Palheta

La gauche de transformation sociale a-t-elle perdu tout ancrage dans les classes populaires ? Ces classes ont-elles déserté en bloc la gauche au profit de l'extrême droite ? Mélenchon peut-il concurrencer Le Pen sur ce terrain ? Dans ce nouvel épisode de Contresons, on essaie de comprendre les zones de force de la gauche dans les territoires populaires avec deux co-auteurs du livre "Votes populaires", qui vient de paraître aux éditions Le Croquant. Manière aussi, évidemment, d'éclairer la séquence électorale actuelle. Voir plus

On affirme souvent que les classes populaires auraient déserté la gauche. Il est vrai que le tableau n’est pas franchement réjouissant pour celle-ci si l’on compare la situation présente avec la fin des années 1970, lorsque le PCF disposait d’une assise très profonde – électorale et militante – dans la classe travailleuse. Pour autant, les classes populaires ne forment pas un bloc homogène et la gauche reste forte dans certains secteurs de ces classes, comme le montre le collectif Focale dans ce livre. Lors de l’élection présidentielle de 2017, Jean-Luc Mélenchon était ainsi parvenu à obtenir une proportion importante du vote populaire, enjeu crucial pour parvenir à sortir la gauche de sa crise durable. On ne sait pas ce qu’il en sera cette année, mais le succès ou l’échec de sa candidature dépendra en grande partie du vote des travailleur·ses.

Pour lire un extrait du livre du collectif Focale, c’est ici ! 

#5

Géographies féministes et queers

Par Marion Tillous, Judicaëlle Dietrich, Marianne Blidon, Cyril Blondel, Muriel Froment-Meurice, Gilles Martinet ET Mari Oiry-Varacca

Dans cet épisode de 57 minutes, Marion Tillous, Judicaëlle Dietrich, Marianne Blidon et Cyril Blondel discutent des géographies féministes et queers. Elles expliquent comment ces géographies permettent de mieux saisir les rapports de domination construits sur le genre et la sexualité. Elles affirment que ces géographies transforment notre manière de comprendre les espaces et de penser la production scientifique. Ces approches questionnent aussi nos pratiques pédagogiques et nos positions au sein des institutions universitaires. Aujourd'hui, face à la multiplication des attaques, quelles sont nos perspectives de lutte ? Voir plus

Depuis l’été 2020, le gouvernement français a lancé une offensive contre les travaux universitaires en sciences sociales, et plus particulièrement contre les savoirs critiques. C’est d’abord Emmanuel Macron qui a accusé les universitaires de « casser la République en deux » , puis Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal, respectivement ministres de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche ont lancé la chasse aux supposé·es « islamogauchistes » qui a sans doute atteint son paroxysme avec le colloque de la honte des 7 et 8 janvier 2022, réunissant universitaires et intellectuel·les engagé·es dans la lutte contre le wokisme et le point médian… Cette offensive a nourri un déchainement de violences (venues principalement de l’extrême droite) contre des travaux de sciences sociales et celle·ux qui les conduisent, violences qui ciblaient principalement des chercheuses et des travaux sur les rapports sociaux de sexe et de race, ou les questions coloniales, et plus particulièrement plusieurs géographes féministes. Mais ces attaques ne datent pas d’hier, et si Rachele Borghi a été violemment prise à parti en tant que chercheuse et militante queer, par Nathalie Heinich et ses collègues du prétendu « Observatoire du décolonialisme » , elle était, depuis sa nomination à l’Université Paris Sorbonne en 2013, l’objet d’attaques de groupes d’extrême droite et de catholiques intégristes, appelant à sa démission, et provoquant des appels au viol et au meurtre. Anne-Laure Amilhat Szary, directrice du laboratoire PACTE, a elle aussi été victime d’attaques similaires, cette fois provoquées par sa défense de l’emploi du terme d’islamophobie dans un espace universitaire.
C’est dans ce contexte qu’a été enregistré, en juin 2021, ce podcast consacré aux géographies féministes et queers.

Dans ce podcast de 57 minutes, Marion Tillous, Judicaëlle Dietrich et Marianne Blidon discutent des géographies féministes et queers. Elles expliquent comment ces géographies permettent de mieux saisir les rapports de domination construits sur le genre et la sexualité. Elles affirment que ces géographies transforment notre manière de comprendre les espaces et de penser la production scientifique. Ces approches questionnent aussi nos pratiques pédagogiques et nos positions au sein des institutions universitaires. Aujourd’hui, face à la multiplication des attaques, quelles sont nos perspectives de lutte ?

Pour aller plus loin, nous vous recommandons :

#4

Islamophobie : l’expérience des converti·es comme révélateur

Par Juliette Galonnier, Ugo Palheta ET Séverine Chauvel

Dans ce nouvel épisode de Contresons on présente, avec la sociologue Juliette Galonnier, les recherches menées en sciences sociales à propos de l'islamophobie. À partir de sa thèse, qui a porté sur l'expérience des converti·es à l'islam en France et aux États-Unis, on s'interroge en particulier sur ce que la conversion révèle de l'islamophobie, à la fois la manière dont ce racisme singulier fonctionne mais aussi comment les principaux·les concerné·es font avec le stigmate et les discriminations. Voir plus

L’islamophobie fait l’objet d’un déni en France, en particulier du côté du personnel politique et des « grands » médias. Ce déni s’est d’ailleurs transformé récemment en une chasse aux sorcières ciblant les chercheur·ses travaillant sur les discriminations ethno-raciales, l’hostilité à l’islam et aux musulman·es, etc., au nom de la lutte contre un prétendu « islamo-gauchisme » et, depuis quelques mois, contre ce que les courants réac-publicains et la fachosphère ont nommé le « wokisme ».

Pourtant, de plus en plus de recherches en sciences sociales – en sociologie mais aussi en histoire et en économie – démontrent l’existence de discriminations ciblant spécifiquement les musulman·es, reviennent sur la construction historique de la haine – ou de l’infériorisation – de l’islam, et étudient l’expérience que les principaux et principales concerné·es font de ce racisme singulier. C’est le cas notamment de la sociologue Juliette Galonnier, avec qui nous nous sommes entretenu·es dans cet épisode de Contresons. Dans sa thèse, elle montre en particulier comment la conversion amène en France des personnes perçues comme blanches à franchir les frontières raciales, autrement dit les engagent dans un processus d’altérisation qui les confronte au racisme, sous des formes diverses.

Pour aller plus loin, voir le dossier de Contretemps consacré à l’islamophobie, mais aussi : 

 

#3

Marx, Engels et la Commune de Paris

Par Alexis Cukier ET Stathis Kouvélakis

Ce troisième épisode de Contresons réinterroge la Commune de Paris sous un angle philosophique à partir du livre récemment édité par Stathis Kouvélakis : Karl Marx et Friedrich Engels, "Sur la Commune de Paris. Textes et controverses. Précédé de Événement et stratégie révolutionnaire" (Les éditions sociales, 2021). Il y discute avec Alexis Cukier de la participation de Marx et d'Engels à la Commune, et de la manière dont leur interprétation de cet événement a renouvelé leur conception de l’État et de la révolution. Voir plus

Cette discussion est aussi l’occasion de préciser, en partant du travail éditorial et philosophique rigoureux présenté dans ce livre, le sens de formules marxiennes célèbres telles que celles du « gouvernement de la classe ouvrière », du « pouvoir politique des producteurs » ou de « la forme politique enfin trouvée de l’émancipation économique du prolétariat » dans La guerre civile en France, et de questionner les leçons que les achèvements et expérimentations ainsi que de la défaite de la Commune de Paris de 1871 d’un point de vue marxiste.

#2

Un atlas critique de la Guyane ?

Par Clémence Léobal, Juliette Morel, Matthieu Noucher, Marie Chenet, Muriel Froment-Meurice, Gilles Martinet, Mari Oiry-Varacca ET Florian Opillard

Dans cet épisode préparé par l'équipe des géographes de Contresons, nous explorons avec Clémence Léobal, Juliette Morel, Matthieu Noucher et Florian Opillard les enjeux politiques de la cartographie, à partir de l'Atlas critique de la Guyane (2020). Nous montrons comment la cartographie critique transforme radicalement les manières de produire des cartes, mais aussi de les comprendre et de les utiliser. Les productions cartographiques habituelles, majoritaires, s'inscrivent dans des rapports de pouvoir qu'elles permettent d'instituer et de perpétuer. Subvertir la raison cartographique et décoloniser les cartes sont donc des enjeux cruciaux pour la géographie critique. Voir plus

Montage et préparation : Marie Chenet, Muriel Froment-Meurice, Gilles Martinet, Mari Oiry-Varacca, Florian Opillard.

#1

La Commune vivante

Par Fanny Gallot, Vanessa Caru, Ludivine Bantigny, Vincent B. ET Gilles Martinet

Pour ce premier épisode de Contresons consacré à l’histoire dans une perspective critique et émancipatrice, le sujet choisi est celui de la Commune de Paris. Expérience certes brève puisqu’elle a duré seulement 72 jours entre mars et mai 1871, elle est cependant incroyablement foisonnante tant elle réalise une œuvre sociale et politique majeure toujours évocatrice aujourd’hui. La Commune est décrite ici d’abord pour comprendre un processus révolutionnaire et comment il s’opère, ce d’autant plus que cette révolution est doublement populaire : d’abord par ses protagonistes, issu·es du prolétariat et du peuple de Paris, ensuite par la forme que revêt le pouvoir, une démocratie fondée sur des mandataires – dont le mandat est révocable – élu·es parmi des ouvrier·es, des employé·es, des artisan·es, des instituteur·rices… C’est donc une tout autre conception de la démocratie qui se met en place. Elle s’accompagne d’une restructuration majeure des rapports sociaux, avec une auto-organisation populaire par un travail émancipé du joug du capital. Les femmes y jouent un rôle crucial. Enfin, une œuvre scolaire basée sur l’émancipation et l’égalité, contre la reproduction des dominations, des aspirations à la créativité et à l’art partagé, s’y accomplissent également. Ce sont là autant d’espoirs, de pratiques et de projets dans lesquels on peut toujours puiser. Voir plus

Pour cet épisode, la discussion se mène avec Ludivine Bantigny qui a publié aux éditions La Découverte un ouvrage intitulé La Commune au présent. Une correspondance par-delà le temps.

Un épisode préparé et réalisé par Fanny Gallot, Vanessa Caru, Ludivine Bantigny, Vincent B. et Gilles Martinet.

Crédits
« La Commune n’est pas morte », paroles d’Eugène Pottier, interprétée par Francesca Solleville
« Against The Currents », par La Commune, https://lacommune.bandcamp.com
Le texte lu dans l’épisode est une déclaration du Conseil de la Commune du 19 avril 1871.